La jalousie stimule-t-elle le désir ?

La jalousie stimule-t-elle le désir ?

Tout le monde a déjà connu la magie des premiers instants amoureux. Le désir de bien faire et de prouver à l’autre qu’on est la personne idéale. Et tout est bon à mettre en œuvre pour parvenir à ses fins, même à en oublier ses défauts.

Il vaut se mettre en valeur pour conquérir et faire succomber le cœur de la personne désirée. Les premiers instants magiques, c’est aussi la fusion chaude et torride des deux corps qui se mêlent sous la chaleur de l’envie. Un désir si bouillant que les premiers ébats intimes sont le piment de la relation. Toujours envie de se combiner, peu importe l’endroit, l’heure ou le lieu avec des jeux d’échange de regards sensuels pour émoustiller l’envie de l’autre. Un désir si immense que le couple vit pleinement son amour au grand jour. C’est les premiers mois d’insouciance. Puis, le temps passe, le couple a appris à se connaître aussi bien d’un point de vue de l’âme que d’un peu de vue du corps. La relation amoureuse commence, peu à peu, à se mettre dans les rangs de la sagesse. On se lance des petits surnoms, des petites attentions et on profite agréablement des relations intimes lorsque l’occasion se présente. Non pas que l’on n’ait plus envie de cette passion dévorante des premiers instants où l’on se découvre, mais l’on connaît les valeurs de l’autre et l’on pense à tort que l’on n’aura plus rien à découvrir. Et peu à peu, le couple pénètre dans la spirale infernale de la routine quotidienne. Bien que ce soit un processus normal, la routine n’est pas toujours bénéfique à un couple. L’amour est toujours présent, mais l’on a tendance à moins prouver son désir et ses sentiments à son partenaire. On est amoureux, on le sait et cette sensation d’amour envahit l’être d’un bonheur intense. On a le sentiment que l’autre lui appartient, qu’il est votre possession, jusqu’au jour où …

Jusqu’au jour où, un geste, une attitude inattendue, une colère surprenante, un téléphone qui sonne sans cesse, un changement inhabituel chez l’autre remet le doute dans la tête de l’autre. Si le doute s’installe, la jalousie fait peu à peu son apparition. On est à l’affût de chaque petit détail qui montre que l’autre nous échappe. Un choc psychologique pour la conscience qui s’aperçoit que personne ne lui appartiennent qu’il faut reconquérir l’autre pour le garder amoureusement auprès de soi. Chaque personne reste maître de lui-même. Dans son ouvrage « L’existentialisme est un humanisme », le philosophe Sartre dressait le procès de l’existence de l’homme et de sa liberté. Il énonçait que l’homme était libre de son destin et de ses décisions.

Alors d’où viennent les enjeux de ce lien possessif (la jalousie donc) qui unit deux êtres humains ?

D’après les psychologues, il faut remonter aux souvenirs de l’enfance et s’arrêter sur le rapport fusionnel entre un enfant et sa mère. Une maman est toujours, plus ou moins, au petit soin pour ses enfants. Cette attention accrue donnée par la mère entraine une dépendance chez l’enfant. La jalousie viendrait donc du degré de la place qu’accorde une mère à son enfant. Plus il a une place prédominante et importante, plus l’enfant développe l’instinct de possessivité et de jalousie. La peur de l’abandon par la rivalité est le cœur de la jalousie. Dans la même logique, moins l’enfant a été couvé, plus il sera autonome et moins il aura la crainte de la concurrence.

Une question vient, dès lors, se poser : en quoi la jalousie qui vient d’un excès d’amour et de protection lors de l’enfance pourrait-elle faire office de désir intime chez l’être humain ? Si l’on regarde la définition du mot « jalousie » dans le dictionnaire, l’on s’aperçoit que la langue française le définit comme suit : « la jalousie est une émotion secondaire qui traduit un manque de confiance accompagné d’une situation d’insécurité ». Cela signifie donc que l’être humain jaloux remet en cause la solidité de son amour ?

Pour effacer ce sentiment douloureux qui l’envahit, l’homme va donc mettre tout en œuvre pour réussir à conquérir l’autre. Et c’est, par conséquent, dans ce climat d’insécurité, que le désir intime entre en jeu. Ici, plus question de parler d’envie ou de fusion, mais d’une envie de stimuler le désir comme pour se montrer présent. Le sentiment de perdre le contrôle de la situation décuple le désir de montrer ses vraies valeurs et parfois de s’imposer pour les extrémistes. Finalement, la jalousie maladive est un signal d’alerte pour montrer une peur et une souffrance sous des apparences trompeuses. Pour éviter cette jalousie, qui entraine des pertes de confiance en soi et en sa compagne, est une affaire de confiance relationnelle. Il faut apprendre à se confier et à faire confiance à l’autre tout en restant autonome et libre de ses pensées et ses choix de vie. Et jamais ne se dire que l’être aimé est sa propriété.