Les tribulations de mon ami Jean – Episode 2

Les tribulations de mon ami Jean – Episode 2

Extrait de la correspondance reçue de la part de mon ami Jean.

Episode 2 : Coug(u)ars, jaguars, pumas et autres félins …

Ma Chère Blonde,

Dans mon précédent courriel, je te faisais part du kidnapping de mon chat. Ceci m’a remémoré ma folle jeunesse dorée, l’époque où je n’étais qu’un jeune « puma » …

Je t’assure qu’il n’y a pas que des pumas ou des coug(u)ars dans la nature, il y a également des jaguars … et d’autres félins.

C’était il y a un peu plus de 20 ans et pourtant je m’en souviens comme si c’était hier …

J’ai trente ans, à cette âge on pense que le monde nous appartient et qu’on est le roi du monde.
Je mène tambour battant une chouette carrière, je cultive l’allure dandy BCBG, je prends l’avion comme d’autres le métro, je loge dans des hôtels qui n’ont rien d’une auberge de jeunesse, et les midis et soirs je me sustente dans des restaurants où les hamburgers sont des « Mac Duck, » traduction anglaise de foie gras poêlé sur toast.

Je fréquente les bons milieux, les bons cercles, les bons clubs. Service-club, tu sais ces réunions de grands gamins sexistes où on boit du champagne au double du prix normal pour en refiler la moitié aux bonnes oeuvres … question de charité.

Me voilà donc en meeting européen de mon cher club, au pays de sa Majesté « The Queen », pour un week-end culturel (le houblon) et de libations (no sea, no sun but free sex).

Elle s’appelait Carole, elle avait 47 ans, je venais d’en avoir … 30.
Ancien mannequin, blonde mais intelligente et sensible (oui cela existe !) et déguisée en mouton.
Nous nous sommes en fait rencontrés à une soirée costumée.
Ses premières paroles pour moi : « tu ressembles à ma belle-mère !!! (You look like my mother-in-law) ».
Il faut dire que Jeannot ce jour-là était déguisé en … Mrs Doubtfire!

Le coup de foudre, les jambes en tricot (pur shetland), une folle nuit achevée entre les bottes de paille du hangar de la ferme voisine …
Le lendemain, tout est gris, gueule de bois (hangover) pas de lundi au soleil. Retour en Belgique du style « Adieu jolie Candy ». Hello goodbye, les adieux à la belle d’une nuit …

C’était sans compter sur la pugnacité de ton Poil de Carotte dont le coeur transcendé, battait la chamade pour la belle anglaise.
Dès le lundi après-midi, j’avais déjà fait des pieds et des poings pour me trouver une place dans le vol Bruxelles-Birmingham du vendredi.
Et oui, quand l’amour vous prend, ça donne des ailes !

Accueil à l’aéroport par ma belle Carole et retour « home sweet home » sur le cuir passager d’une rutilante … Jaguar XJS que la belle anglaise domptait à merveille.
Souper aux chandelles (candles), digne d’un trois étoiles, dans une maison de rêve sortie du dernier épisode de « Barnaby ».
Et oui, « the lady » n’était pas seulement belle, ancien top model des années ’60 (sixties) mais également top chef des années ’80 et appartenant à la bonne société « British ».

Au vu de notre différence d’âge (pas du tout politiquement correct), nous avons défrayé la chronique locale (shocking). De mon côté, j’ai réussi la fusion du plastique, celui de ma carte VISA, les vols low cost n’existaient pas encore.
J’ai vécu pendant trois ans à ce rythme, empruntant quasi tous les vendredis la bande des pneus crevés sur le ring le vendredi à 17h00 pour ne pas rater l’avion qui m’emmenait au paradis.

Les mille et une nuits à la sauce anglaise (oui 3 ans cela fait mille et une nuits).
Des week-ends et des vacances de rêve, des moments intenses de partage, de complicité, de rires, de sourires et autre moments sur lesquels je ne m’étendrai pas.
Nous étions sur la même longueur d’ondes, les 17 ans qui nous séparaient avaient été gommés par l’ardeur de nos sentiments et de nos ébats.

La belle n’était pas une cougar, je n’étais point un puma. Nous nous aimions. C’était une féline sans griffes. Une femme sensible et de coeur, fondante comme un Christmas pudding un jour de Noël.
Pour faire plaisir au gamin que j’étais, j’avais le droit de conduire la Jag, à gauche de préférence. Et molo sur l’accélérateur.
A tel point que je me suis fait un jour arrêté par la police de sa Majesté sur une motorway anglaise.

A mourir de rire, quelques extraits de la scène rien que pour toi :

- Le policier : « Monsieur, vous rouliez trop vite ! » (Sir, you were driving too fast !)
– Moi : « Monsieur, je roulais à 120 seulement ! » (en indiquant le compteur de la Jaguar)
– Le policier : « Monsieur, je suis désolé, 120 miles, pas 120 km/h » (ce qui fait 200 km/h)
– Moi: « Ah bon, c’est en miles ce compteur? »
– Le policier : « Monsieur, c’est bon pour une fois, la prochaine fois soyez plus prudent! ».

Non, tu imagines cela sur la E40 au pays d’Elio !

Ah, que du bonheur, « I was so happy, happy … » jusqu’au jour où le carrosse redevint citrouille et le prince … crapaud.
Vint le jour où la belle franchit avec larmes et désolation le cap de ses 50 ans. Elle n’a pas résisté à l’érosion du temps et des sentiments.
Et elle m’a quitté. Non par jeu ou par lassitude mais par souci de me laisser vivre ma vie et de ne pas la bloquer …

Je lui en suis toujours reconnaissant et ce n’est pas sans émotion que je pense à l’Angleterre, mon ancien Eden de l’amour.
Et quand d’aventure je vois passer une Jaguar … mon coeur vrombit comme un 12 cylindres !

Allez, je te laisse. Je dois passer au contrôle … ma vieille Opel Vectra …

Bien à toi,

Poil de carotte.
Jean