Les tribulations de mon ami Jean – Episode 1

Les tribulations de mon ami Jean – Episode 1

Extrait de ma correspondance avec mon ami Jean.

Portrait de l’intéressé : la petite cinquantaine, coeur à prendre mais pas à n’importe quel prix.

Il a excellent ramage et affiche beau plumage … Il serait presque le Phoénix de ces bois (mais il ne faut pas exagérer tout de même).

Il est d’un naturel jovial et courtois.
Sans plus attendre, je vous laisse le découvrir au travers de ces quelques lignes …


Episode 1 : Les mantes religieuses – A 60 ans, ce sont les plus dangereuses …


Chère Blonde,

 Etant un animal à digestion lente, j’ai chaque fois remis à plus tard de t’expliquer mes petites histoires.
Digestion faite, il faut que je te raconte …

 Comme tu le sais, j’ai toujours été naturellement porté vers les femmes ayant en moyenne quelques 10 ans de plus que moi au compteur (peut-être est-ce dû au fait d’avoir été déçu à l’adolescence par les jeunes filles de ma génération).

Je les trouvais plus rassurantes et plus matures; celles dont les rides naissantes sublimaient le charme naturel.

 A mes 30 ans, elles en avaient 40, à mes 40 elles en avaient 50 et comme j’entame les 50 … me voilà dans le monde des femmes de 60 ans.

Enfer et damnation ! Le pas de trop, la découverte d’un monde sans foi, ni loi, ni tendresse, ni compassion.
Ce sont les plus dangereuses, les moins matures, les plus versatiles et les plus nymphomanes.

 Le plongeon dans la psychanalyse des contes de fées, la découverte de la méchante reine dans Blanche-Neige, celle qui demande au miroir : « Miroir oh beau miroir, suis-je la plus belle ? ».

 Par qui commencer ? Je l’appellerai A., par prudence et discrétion.

 A. entame la soixantaine, se dit fatiguée d’une vie chaotique, elle est désormais à la recherche de l’absolu, du prince charmant.

Sa dernière expérience de vie conjugale remonte à … 30 ans !

J’ai directement enfourché mon fier destrier et suis parti à la conquête de la Reine.
Féministe,cultivée, érudite, prof de lettres à la retraite, joviale et pleine d’humour.
J’allais ajouter pleine de tendresse, de gentillesse et d’attention. Que nenni !

Passé les gentils messages, les tendres sms matinaux et les longues conversations à faire exploser ma facture Belgacom, je me dis qu’il faut provoquer une première rencontre. Nous habitons à quelques 200 kms l’un de l’autre, je tiens des chambres d’hôtes, ce qui me permet de recevoir à ma guise et en « tout bien tout honneur ». Tu peux en attester.

Un vendredi après-midi, gonflé de courage, j’appelle la belle et lui dis que je serai heureux de l’inviter à l’occasion pour le WE. Elle me répond : « oui, mais quand ? ». Dans un courage insoupçonné, je réponds : « pourquoi pas ce WE ? ». Elle me répond : « laisse-moi un 1/4 d’heure, le temps de faire une valise … et j’arrive ! ».

Deux heures plus tard, j’étais cuit et littéralement sous le charme de la reine du jour faisant une arrivée triomphale dans ma vieille chaumière.

Apéro, resto, il n’était pas minuit que sa majesté et son humble serviteur étaient déjà réunis sous la même couette.

Et de m’avouer qu’elle devait directement savoir « si cela pouvait fonctionner  jeanentre nous ».

 

Et bien, la manipulation a bien fonctionné pendant 10 mois. Comme dans les meilleurs ouvrages sur le sujet, se sont succédées les phases de séduction, de critiques et de destruction par la mante religieuse. Entrecoupée de ruptures qu’elle m’a fait subir en moyenne tous les 2 mois. Pour mieux revenir et dominer « sa proie ».

Le temps de me rendre compte que j’étais affublé de tous les défauts qu’un homme puisse réunir. Je n’avais que des mauvais cotés, je devrais me faire soigner.

Elle m’a même accompagné chez une thérapeute de couple pour me prouver son bon vouloir et … me mettre face à tous mes manquements !

Après moultes concessions (les miennes) et mises en garde (les siennes), la reine a mis fin à l’aventure. Horrifiée de découvrir que j’étais toujours inscrit sur Nice et que nous conversions régulièrement. Crime de lèse-majesté, rupture finale et reine outragée.

 

J’ai reçu une quinzaine de mails m’expliquant en long et en large mes multiples défauts et manquements.
Je n’avais qu’à m’en prendre à moi-même.

Entretemps, la belle, prodiguant davantage d’affection à ses chats qu’aux hommes, avait jeté son dévolu sur mon chat.

Je l’ai un jour d’hiver amené chez elle, pour qu’il fasse connaissance avec les siens et soit enfin « aux petits soins ». Le pauvre, chez moi des boites de chez Aldi, chez elle du caviar de chez Tom&Co.

 

Le jour de la rupture finale, la veille de la St-Valentin, elle m’a annoncé qu’elle me renvoyait par la poste le veston et le T-shirt qui trainaient chez elle mais qu’elle gardait mon chat ! Et que mon animal préféré était désormais tatoué et enregistré à son nom. Et qu’il recevait enfin tous les soins vétérinaires que j’avais omis de lui prodiguer. J’étais un monstre … et je l’ignorais.

 Entretemps, j’ai eu un grave accident de voiture, j’ai failli y rester. La belle n’a jamais pris de mes nouvelles. J’ai appris par personne interposée qu’elle ne voulait pas me donner de faux espoirs. Et puis je n’étais pas mort, … et le (enfin mon) chat se portait bien.

 

Je t’épargne les détails mais ne résiste pas à t’épingler quelques-unes des citations favorites de la mante religieuse :

« Je suis soupe au lait mais souple au lit »;

« J’ai une libido libre et joyeuse »;

« Je te souhaiterais obsédé plutôt qu’obsessionnel »;

« Faire l’amour 2 x par mois (nous habitions à quelques 200 kms l’un de l’autre) mais c’est le smic ! ».

 

Et à propos de son féminisme mai ’68 engagé et désintéressé :

« Je suis féministe mais je trouve normal qu’à l’extérieur, ce soit l’homme qui paie. Question de galanterie et de savoir-vivre ».

En dix mois de relation, multiples sorties, restos et cadeaux de tout ordre, la reine ne m’a jamais offert le moindre verre, la moindre pizza ou ticket de cinéma.

 

Suite au prochain épisode,

Bien à toi,

Poil de carotte.
Jean


4 commentaires

  • Bravo à toi, Jean, ton aventure m’a fait rire, et je crois avoir détecté dans les nicettes quelques reines mantes dévoreuses.
    Prudence donc !

    • En effet Jacques, je trouve que mon ami Jean a une magnifique plume et je voulais que les Nice puissent découvrir la mesure de ses talents littéraires mais aussi ses aventures.
      L’anonymat des dames est préservé, ne s’y reconnaitront que celles qui le veulent bien ;-)

  • Bonjour Jacques,

    Sympa votre commentaire, je vous en remercie.
    Le « Jean de Natacha » dans l’épisode 1 n’est que moi…..

    Il faut parfois le courage de ses opinions. Sachez que je ne généralise pas dans ce texte. Qui s’y reconnait s’y voit.
    Le charme et la gentillesse appartient aux autres …qui ne s’y reconnaissent pas. Bon we ! Cordialement Jean (alias Poil de Carotte)

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